Remodeler l’éducation aux Etats-Unis

Après environ 50 jours passés aux Etats-Unis, il est temps de faire un bilan de ce que nous avons compris de l’éducation américaine, et de comment la remodeler.

Tour d’abord, il faut noter que les règles ne sont pas homogènes à travers le pays, car chaque état fixe ses propres règles pour l’éducation primaire et secondaire, et ses propres critères pour en sortir. Par exemple, la moitié des états n’ont pas d’examen équivalent à notre baccalauréat à la fin du lycée.

Il existe donc de fortes inégalités inter-états, mais aussi au sein des états: contrairement à la France, et de même qu’en Finlande, le système est très décentralisé, ce qui entraîne ici de très fortes inégalités. En effet, comme l’explique cet article, le fonctionnement d’une école, et, surtout, son budget, dépendent de la collectivité dans laquelle elle se trouve. Le gouvernement fédéral ne verse que 8 à 9% du budget alloué à l’éducation, le reste est assuré localement. En conséquence, les écoles se trouvant dans des quartiers plus pauvres ne peuvent pas offrir les mêmes services à leurs élèves que les écoles dans les quartiers aisés.

Les nombreux défauts de l’éducation américaine ont conduit et conduisent encore à la création de nombreuses écoles voulant faire les choses différemment, qui nous ont intéressés pour ce projet.

Une explosion d’écoles privées et alternatives

Les écoles privées, ou “charter schools” ont explosé aux Etats-Unis depuis une dizaine d’années, et nombre d’entre elles proposent des pédagogies innovantes intéressantes pour notre étude de la motivation des élèves.

Pour rappel, il existe très peu d’écoles privées en Finlande, ce qui souligne le décalage entre le système public et cette abondance d’écoles alternatives aux Etats-Unis, qui suscitent un intérêt particulier pour les professionnels de l’éducation américains.

Pour ce projet, nous avons visité six de ces écoles, dont quatre lycées et deux universités:

  • Boston Arts Academy à Boston, qui recrute ses élèves uniquement à travers une audition artistique (danse, théâtre, musique, chant, fashion) et qui utilise cet intérêt commun des élèves autour de l’art pour leur enseigner les matières plus académiques.
  • Arts & Ideas Sudbury School à Baltimore, une école du modèle Sudbury où les élèves n’ont pas de professeurs ni de salles de classe, et font ce qui les intéresse toute la journée.
  • Un lycée Big Picture Learning à San Diego, qui se concentre sur les intérêts de chaque élève, où ceux-ci sont évalués sur des présentations dont ils choisissent le sujet, en lien avec les différentes matières.
  • Un lycée High Tech High, aussi à San Diego, où tout l’apprentissage se fait par projets, et où les élèves sont poussés à apprendre en faisant.
  • Saint John’s College à Annapolis, dont le cursus est uniquement constitué de grands livres de la culture occidentale (de la Grèce antique aux découvertes scientifiques du XIXe siècle, en passant par la théologie, Shakespeare, les Lumières, etc…), et où les cours sont en fait des discussions autour de ces livres.
  • La Stanford d.school à San Francisco, l’école de design de Stanford qui apprend aux élèves le design thinking, en les poussant à réaliser des projets par itérations plutôt qu’en maîtrisant d’abord la théorie.

Notre entretien avec M. Reville

Pendant notre séjour à Boston, nous avons eu la chance de rencontrer M. Paul Reville, directeur du Education Redesign Lab de la faculté d’éducation de l’université d’Harvard, et anciennement ministre de l’éducation du Massachussets, l’état ayant les meilleurs résultats du pays en termes d’éducation.

M. Reville a commencé par nous rappeler l’importance de l’évalutaion par compétences, et surtout de la focalisation sur l’élève pour son apprentissage, qui sont pour lui les thèmes de l’évolution du milieu éducatif. The University of Southern New Hampshire, par exemple, utilise ces notions pour les mettre en évidence dans l’école publique américaine. Nous avons les beaucoup retrouvées dans les lycées Big Picture Learning et High Tech High, qui ne fonctionnent que par projets pour que l’élève apporte sa pierre spécifique à l’édifice, ce qui le fait monter en compétence et en motivation.

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Cependant, pour M. Reville, la clé de l’éducation publique se trouve dans son rapport à la vie professionnelle. Les “écoles techniques” aux Etats-Unis, dont le prestige plutôt bas, comme en France, est de plus en plus revu à la hausse, proposent aux élèves de suivre des cours les menant à un métier particulier, parmi une des branches suivantes:

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Dans ces écoles, les élèves “voient l’apprentissage comme un moyen de travailler”, et ainsi ils “arrivent et sont prêts à travailler”, selon M. Reville. Ils apprennent un certain ensemble de compétences et de connaissances pertinentes pour la croissance au XXIe siècle. Par conséquent, ces écoles mettent le travail professionnel au centre de l’éducation, et c’est pour cela qu’elles sont en pleine croissance dans de nombreux états.

Ce thème du travail dans l’éducation est d’ailleurs très lié à la politique aux Etats-Unis, centrée sur la performance économique. Par conséquent, de nombreux travailleurs veulent le retour du charbon au centre de l’industrie américaine, ce qui est antagoniste à la direction que prend le domaine de l’énergie actuellement. Cependant, le Président actuel a réussi à gagner les élections en promettant notamment ce retour du charbon. Une meilleure éducation, et une meilleure formation continue dans les métiers de l’énergie aurait pu faire comprendre aux travailleurs que le futur de l’énergie se trouve par exemple dans les énergies renouvelables , et que suivre leur idéal conservateur ne pourra pas marcher dans le long terme.

C’est, pour M. Reville, l’éducation et la formation qui sont la clé de la résolution des problèmes sociaux et de la croissance économique aux Etats-Unis, dont la population a un problème d’adaptation aux industries émergentes.

L’impact sur la motivation

Les écoles techniques se focalisent sur le futur travail des élèves, ce qui donne un sens et un but à ce qu’ils étudient. Selon M. Reville, ce facteur motive énormément les élèves, car ils reconnaissent les applications concrètes de leurs études. Ces écoles ne doivent donc pas être négligées dans l’équation de l’éducation secondaire.

Il existe aussi deux facteurs déterminants pour assurer la motivation des élèves pour M. Reville:

  • La flexibilité de l’école, car celle-ci doit être capable de donner aux élèves ce dont ils ont besoin, “comme un hôpital par exemple, s’ils sont en difficulté physique ou psychologique”. Les élèves doivent pouvoir trouver du soutien dans l’enceinte de leur établissement, pour restaurer leur confiance envers l’école.
  • La prise en compte du temps hors de l’école, “environ 80% du temps éveillé”, afin d’éliminer de “stress toxique” lié aux problèmes extérieurs, comme les problèmes familiaux, par exemple. Il faut que tout ce qui est lié à l’éducation soit traité dans le contrôle de l’école, afin d’assurer des opportunités équivalentes aux différents élèves, et que ceux qui peuvent se le permettre n’aient pas d’avantages trop conséquents à notamment prendre des cours particuliers. Ceci permettrait de rendre le train de vie de tous les élèves beaucoup plus sain, et c’est absurde de se concentrer uniquement sur le temps où l’élève est présent à l’école.

Le système américain a besoin de beaucoup changer afin de s’adapter aux nouvelles problématiques de l’éducation et d’adapter les citoyens au marché du travail. De nombreuses écoles, y compris celles que nous avons visité, ainsi que les systèmes publics de quelques états montrent la voie à suivre pour le pays afin de chercher des solutions aux problèmes de l’inégalité, du chômage, et de l’isolationisme qui trouvent leurs racines dans les écoles du territoire.

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