Article n°1: Faisons confiance aux élèves !

Faire confiance aux élèves, ça les motive !

En Finlande, dès le lycée, l’école fait confiance aux élèves pour leur apprentissage et leurs choix d’orientation. Bien que difficile pour eux au début, ils deviennent progressivement plus indépendants et responsables, facilitant ainsi le travail de tout le corps encadrant et renforçant fortement la motivation des élèves.

Ce choix, nous le faisons à différentes vitesses lors des études supérieures en France, mais nos étudiants deviennent-ils pour autant des adultes responsables académiquement ?
Cette confiance a priori dans l’élève est-elle souhaitable dans notre éducation française ? Est-elle même possible ?

Suite à deux semaines de découverte d’écoles en Finlande, de nombreuses discussions, un regard critique posé sur les différences sociétales et par rapport à nos propres parcours académiques, nous pensons que oui.

Qu’est-ce que faire confiance aux élèves ?
Pourquoi est-ce souhaitable ?
Comment le faire ?

Il s’agit maintenant d’exposer ce que nous avons vécu, lors de nos visites dans quatre lycées finlandais : le Lycée franco-finlandais et Gymnasiet Lärkan à Helsinki, Etelä-Tapiolan lukio à Espoo, et Yhteiskoulun lukio à Tampere.

 

 

LE CERCLE DE LA CONFIANCE, AU CŒUR DE LA MOTIVATION

Faire confiance aux élèves les rend dignes de confiance, et puis quoi encore ? On sait très bien que les élèves ne vont pas travailler…

C’est un point de vue assez commun en France que l’on justifie par notre expérience à l’école : “Je n’ai pas besoin d’apprendre ceci car il n’y a pas de contrôle, de punition, le professeur n’a l’a pas expressément dit…”

D’où une certaine cohérence à vouloir limiter la confiance portée aux élèves concernant leur apprentissage.

Sauf que si l’on ne fait pas confiance aux élèves, ils le savent et ne se responsabilisent pas, renforçant notre manque de confiance en eux. Il s’agit là d’un cercle vicieux, qui est maintenu par l’application de la discipline, qui assure l’autorité du professeur sur l’apprentissage de l’élève.

En Finlande, le cercle de confiance est opposé.
Parce qu’on donne au lycéen une confiance a priori pour qu’il mène son apprentissage (avant même qu’il ne la “mérite”), il en devient digne, renforçant la confiance que l’on a en lui. Il s’agit d’un cercle vertueux…qui existe !
Marie-Aude Boucher, proviseur adjointe du Lycée franco-finlandais d’Helsinki, nous a résumé cette idée :

 

LA DISCIPLINE PAR LE DIALOGUE

“De mes 16 années en tant que proviseur de cette école, je n’ai jamais pris de mesures disciplinaires. Quand il y a un problème avec un élève j’en parle avec lui, je ne le punis pas.”
Harri Rinta-Aho, Proviseur d’Etelä-Tapiola, lycée public finlandais

Ici, on estime que l’élève est un adulte responsable capable de comprendre plutôt que d’être puni. Si l’action disciplinaire peut se révéler “nécessaire” dans certains cas extrêmes, elle est trop facilement la première étape dans nos établissements français.

Un élève respecte l’autorité naturelle du proviseur car il le connaît bien et sait que ce dernier souhaite son bien. M. Rinta-Aho veut être proche de ses élèves; Il s’excuse même auprès d’eux de parfois fermer la porte de son bureau pendant une discussion privée !

Personne n’est inaccessible, chaque membre de l’école mérite d’être considéré par un autre. Si l’organisation hiérarchique est bien verticale, celle de la communication est horizontale. Ceci même entre les deux extrêmes de l’ordre hiérarchique.

Nous ne remettons pas en question la volonté du corps encadrant en France de voir ses élèves réussir, mais elle n’est pas toujours visible. Dans ces lycées finlandais, les élèves et les professeurs se tutoient (ou l’équivalent en finnois), se côtoient en dehors des cours dans les couloirs, à la cantine et lors de nombreux événements organisés dans l’école (souvent par les élèves).
Ainsi la proximité du corps encadrant avec les élèves permet de régler les conflits par un dialogue constructif, ressenti par les élèves comm d’égal à égal.

 

“Avec les élèves et les professeurs on est très proches, on est une famille”
Oona, lycéenne de Yhteiskoulun lukio à Tampere

 

DANS LA SALLE DE CLASSE

Nous sommes dans un cours de français, la veille du contrôle. Les élèves sont assis calmement…mais pas pour longtemps.

L’activité consiste à faire des groupes de 4-5 personnes où chacun joue à un jeu de société où les élèves possèdent des pions qui avancent d’un certain nombre de cases déterminées par un dé. Sur chaque case se trouve un verbe qui doit être conjugué à la personne correspondant au nombre du dé.
Par exemple si on roule un 3, le pion avance de 3 cases et atterrit sur le verbe manger qui doit être conjugué à la 3e personne du singulier : il mange.

Pour nous Français, ce cours était un spectacle chaotique. Les élèves se baladaient, parlaient forts, étaient sur leurs téléphones (voire au téléphone) pendant que le professeur était assis tranquillement à son bureau pour faire d’autres choses, passant ponctuellement entre les rangs au cas où des élèves auraient des questions.

Nous décidons alors d’aborder un groupe pour discuter vu qu’ils ne semblaient pas être en train de travailler… grossière erreur.
Quel que soit le groupe, il est très difficile pour nous de nous intégrer car ils travaillent tous sérieusement et ne souhaitent pas être dérangés.

De mémoire, en France, ces activités de groupe sont des occasions en or pour ne pas travailler, et le professeur doit surveiller de près chaque groupe.
En Finlande, le professeur a confiance en ses élèves et ne ressent pas le besoin de vérifier ce qu’ils font sur leur téléphone (peut-être qu’ils souhaitent vérifier la conjugaison du mot). Les élèves quant à eux font confiance au professeur pour le contenu du cours et jouent le jeu.

On perçoit alors la différence entre avoir l’air de travailler… et travailler.
Voici un témoignage d’Elsa, d’origine française, en formation pour devenir professeur de français en Finlande :

 

DANS LES LOCAUX

Dans les lycées que nous avons visités, nous avons été surpris par le même fonctionnement à chaque fois : l’école s’efforce de faire en sorte que les élèves se sentent chez eux et cela marche à merveille selon les élèves que nous avons interviewés !

A Etelä-Tapiola, nous sommes arrivés dans l’entrée principale, pleine de canapés, où des élèves jouaient au ping pong, aux échecs, au babyfoot et au piano. Nous avons appris qu’en fait, ce sont les élèves et le corps encadrant qui avaient pris ensemble cette décision d’acheter des tables de ping pong afin que les élèves se sentent chez eux.

De plus, les élèves possèdent une salle qui leur appartient, et dans laquelle ils peuvent jouer à la Playstation ou au baby-foot. C’est aussi leur responsabilité de la garder propre, et c’était le cas lorsque nous l’avons visité.

Nous avons donc demandé aux élèves s’ils restaient souvent à l’école après les cours pour se relaxer, chose impensable en France, et ils nous ont tous répondu que cela leur arrivait souvent.

Une différence fondamentale avec la France, c’est qu’en Finlande, l’école est un lieu où on fait confiance à l’élève et où mise sur son bien être pour faciliter son apprentissage. Cette confiance se retrouve en classe, où il est considéré normal d’avoir certains moments d’inattention, ainsi qu’en dehors, où des espaces sont aménagés par les élèves et pour les élèves.

En France, l’école est vue comme un lieu de travail, d’où on veut partir au plus vite une fois la journée terminée, et où on risque à tout moment d’être puni. À nous donc de changer cette vision de l’école en France, en réalisant que les élèves sont dignes de confiance, et que les forcer à travailler de telle ou telle manière ne les aidera pas forcément, car chacun a sa propre manière de travailler !

 

LA MOTIVATION DES ELEVES FINLANDAIS

En général les élèves finlandais ne ressentent pas l’obligation d’apprendre à cause de la pression des notes ou par peur d’une punition. Pour la majorité, ils décident d’apprendre quelque chose car ils l’estiment utile ou intéressante.

C’est la différence entre les motivation extrinsèque et intrinsèque. Les deux ont leur place, une motivation extrinsèque est facile à mettre en place et réguler ; une motivation intrinsèque est plus durable et saine (plus d’explications ici).

Finalement, en France nous misons beaucoup sur la première. Nos efforts sont donc à concentrer sur la deuxième, très présente en Finlande.

Nos observations du lycée finlandais nous ont convaincu qu’au cœur de la motivation intrinsèque des élèves se trouve la relation de confiance avec le corps encadrant.

En effet, nous avons remarqué que les élèves finlandais ont un sentiment de contrôle sur leur réussite scolaire beaucoup plus marqué que pour nos lycéens français.
Il s’agit là d’une représentation importante pour la motivation (voir ici) : quoi de plus démotivant que de se sentir impuissant pour redresser ses notes ou rattraper son retard ?

Cela s’est ressenti durant nos échanges avec tous les élèves et nous l’avons vérifié grâce à un questionnaire sur une quarantaine d’entre eux.

Ils considèrent que le travail en classe et à la maison est l’élément le plus déterminant pour leurs notes, bien devant la chance, la difficulté de l’examen, ou leurs aptitudes naturelles.
Quand nous leur avons demandé la raison d’une réussite scolaire pour eux, quasiment tous ont répondu une variante de “j’ai beaucoup étudié”. Puis, difficile à imaginer pour des élèves français : 100% des lycéens finlandais questionnés ont répondu qu’une réussite scolaire dépendait très majoritairement d’eux-mêmes.
Nous avons obtenus les mêmes résultats concernant un échec scolaire.

Arrêtons-nous un instant sur ce constat. Aucun des élèves que nous avons vu ne considère qu’une réussite scolaire dépende en grande partie de facteurs extérieurs comme la malchance, un “mauvais professeur”, un examen trop difficile…

Ils se sentent réellement responsables des réussites ou échecs dans leur apprentissage… mais pourquoi ?
Ils le disent eux-mêmes, c’est parce qu’ils sont traités comme des adultes responsables à l’école. 

Ils ne cherchent pas d’excuses, mais plutôt comment profiter d’une éducation qu’ils jugent utile : 80% des élèves sondés pensent que ce qu’ils apprennent à l’école leur sera très utile dans la vie et 90% d’entre eux pensent qu’il est important de bien réussir à l’école.

D’ailleurs, seulement 10% des élèves ressentent des difficultés particulières pour réussir à l’école.

Parce qu’ils perçoivent de la valeur dans leurs apprentissages, suffisamment de compétence pour les acquérir, et un haut niveau de contrôle sur leur réussite (dû à la confiance qui leur est accordée); les élèves finlandais sont beaucoup plus motivés que nos élèves français.
Cette motivation est d’ailleurs déterminée par les élèves eux-mêmes, et non par des facteurs extérieurs qui nécessiteraient plus de travail de la part du corps encadrant (exemple : plus d’évaluations).

Dans le puzzle de la motivation des élèves, il est donc clair que la confiance est un élément clef leur permettant de se sentir responsable de leur apprentissage.
Concernant la valeur qu’ils accordent à un apprentissage et leur capacité à le réussir, cela dépend surtout d’autres facteurs, comme l’orientation et l’accompagnement qui jouent des rôles primordiaux dans l’éducation finlandaise, et qui seront donc traités dans les prochains articles !

Ce qu’il faut retenir de cet article, c’est que plus tôt l’école traitera les élèves en adultes responsables, plus tôt ils le deviendront, et plus tôt leur motivation sera forte, saine et durable.

 

Raphaël & Rayan

 

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